Face à la haine,
la solidarité au quotidien
Un collectif de chercheurs soutient la démarche de 41 organisations associatives et syndicales : 1001 territoires Pour la fraternité
Les élections municipales ont été marquées par une nouvelle poussée du Rassemblement national. Il a emporté des dizaines de communes et continue de s’installer dans les territoires et le paysage politique et institutionnel. Les thèmes de prédilection de l’extrême droite ont envahi le débat public. Le RN marque des points chaque jour dans la bataille culturelle qu’il mène avec l’aide active de médias réactionnaires de plus en plus offensifs et décomplexés. Le patronat prend langue avec Jordan Bardella et ne juge pas son parti à l’aune de ses valeurs mais de sa compatibilité avec ses intérêts économiques. Une large partie de la droite, jusqu’alors attachée à la République, cède aux sirènes d’un discours xénophobe. Chaque jour semble se confirmer ainsi le risque de voir s’installer à l’Elysée dans un an un (e) Président de la République qui tourne le dos à l’héritage républicain. Ce désastre peut être déjoué. Il n’est pas inéluctable. Il ne faut pas nourrir l’anticipation de l’échec parce qu’il conduit toujours à sa réalisation.
Il reste 12 mois pour empêcher les tenants de la haine de l’autre et du repli sur soi de mettre en œuvre leur projet de société. La lutte contre l’extrême droite peut emprunter de nombreux chemins. Sur le terrain des partis, nombreuses sont encore les organisations à défendre les valeurs de liberté et d’égalité. Sur le terrain intellectuel, le monde de la recherche déconstruit les idées nauséabondes et simplistes de l’extrême droite, alerte sur la confusion politique ambiante sur laquelle le RN cherche à capitaliser, délégitime ses solutions économiques simplistes et inefficaces ou nuance la droitisation de la société française présentée comme une lame de fond irrésistible. Nous y prenons notre part. La société civile prend aussi sa place dans le combat. Elle s’est fortement mobilisée en juin-juillet 2024 pour faire obstacle à l’arrivée des promoteurs de la haine de l'autre et du repli sur soi alors que leur accession aux responsabilités était présentée comme inévitable. On disait impossible lors de ces élections législatives un report massif des voix vers la candidate ou le candidat face à l’extrême-droite. Malgré la réserve de quelques forces politiques, une formidable mobilisation des actrices et acteurs de la société civile s’est levée, bien au-delà des organisations partisanes, contribuant à ce que la participation électorale reprenne des couleurs, les électrices et électeurs prenant la mesure de l’enjeu. C’est un mouvement puissant qui s’est exprimé.
Dans ce sillage, une autre dynamique s’est mise en place ces derniers mois à laquelle nous voulons donner de l’écho et notre soutien enthousiaste. Depuis le Mouvement associatif jusqu’à plusieurs grandes organisations syndicales, des Ligues -des droits de l’homme et de l’enseignement- à France Nature Environnement, d’associations de jeunesse, culturelles, sportives ou de tourisme jusqu’à Emmaüs, aux Mjc ou aux centres sociaux...41 organisations nationales associatives et syndicales regroupant des millions de personnes sur les territoires ont décidé de manière inédite de s’unir et de fédérer leurs forces et leurs membres dans une démarche collective exemplaire : 1001 territoires pour la fraternité. L’objectif est de redonner l’espoir en la fraternité, l’égalité et la liberté aux habitantes et habitants de notre pays et de mettre en lumière les valeurs positives portées au quotidien par nombre de projets sur les territoires. Elles témoignent d’une réalité toute autre que celle, anxiogène, véhiculée par des médias proches de l’extrême droite. Concrètement la dynamique vise à fédérer, en des lieux multiples, les initiatives collectives porteuses de solidarité opposées au repli sur soi et à la haine de l’autre.
Projets culturels, projections de films, débats sur l’espace public, rencontres sportives, soirées festives interculturelles, concerts, actions flash, formations, banquets citoyens, actions éducatives... Les rencontres se multiplient qui se revendiquent de la solidarité, du faire ensemble, de la fraternité, des valeurs de l’éducation populaire. Une deuxième phase de la démarche se lance en mai et juin sur un nombre de lieux plus importants. Elle va mobiliser plusieurs centaines d’initiatives locales regroupant des dizaines de milliers d’habitants. Pendant l’été, des centaines de milliers de vacanciers vont être sensibilisés aux valeurs de la fraternité. Il restera alors une toute petite année scolaire, sportive, associative, syndicale... pour faire monter la vague de fraternité depuis les territoires afin d’empêcher les thèmes de l’extrême droite d’envahir la campagne électorale de la présidentielle et des législatives.
Le monde syndical et associatif ne se résigne pas à la défensive, et à attendre passivement la prochaine élection où il faudra à nouveau sans nul doute faire front. Les valeurs républicaines de fraternité, de solidarité, d’ouverture à l’autre et de liberté de conscience sont ancrées dans le quotidien des territoires. Le paysage social et politique s’assombrit mais il y aussi de la lumière et une puissante aspiration à vivre dans une société où les droits fondamentaux sont accessibles à toutes et tous. Elle s’exprime souvent, spontanément, dans le quotidien, dans les solidarités. Nous, universitaires et chercheurs, nous saluons cette démarche porteuse d’espoir et nous y apportons notre plein soutien.
























